Le Québec Veut Dire Au Revoir à «Hi» et Salut à «Bonjour».

Le Québec Veut Dire Au Revoir à «Hi» et Salut à «Bonjour».

Afin de préserver la langue, les familles qui migrent au Québec doivent également envoyer leurs enfants dans une école francophone.

Mais à Montréal, ville multiculturelle et moderne, le français et l’anglais cohabitent souvent au quotidien. Beaucoup de jeunes Québécois passent avec facilité d’une langue à l’autre, entre autres parce qu’ils sont exposés à un régime continu de culture populaire américaine et à du contenu anglophone sur les réseaux sociaux.

Entrez dans une boutique ou un restaurant du centre-ville de Montréal et il a de bonnes chances que le commerçant vous accueille avec un « Bonjour, hi ». Une salutation hybride qui reflète le bilinguisme tant vanté de cette ville cosmopolite.

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Vue du centre-ville de Montréal depuis le sommet du Mont-Royal. L’usage du français au travail a diminué de 2,3% au cours de la dernière décennie. Credit Robert Wright pour The New York Times

Cette coutume irrite les membres du Parti Québécois, formation politique qui milite pour l’indépendance du Québec. Le parti a déposé une motion à l’Assemblée nationale invitant «tous les commerçants et tous les salariés qui sont en contact avec la clientèle locale et internationale de les accueillir chaleureusement avec le mot “Bonjour”». Et rien d’autre que «Bonjour».

La motion, qui n’a pas de portée légale, a été adoptée jeudi à l’unanimité, avec 111 voix pour et 0 contre.

Même si les soutiens de la motion affirment qu’elle sert à protéger l’identité culturelle québécoise, certains commerçants se sont rapidement rebiffés.

Au magasin de vélo Giant situé dans un quartier bilingue de l’ouest de la ville, un groupe francophone d’amateurs de vélos est réuni pour discuter des difficultés à circuler en hiver. Le français et l’anglais sortent de leurs bouches aussi facilement qu’un changement de vitesse à vélo.

« C’est absurde», dit Olivier La Roche, un Québécois francophone qui est gérant de la boutique. « Que vont-ils faire ? Entrer dans mon magasin et m’arrêter en raison de la façon dont je salue les gens ?»

Il dit accueillir erégulièrement des clients en disant simplement « Bonjour », mais passe à l’anglais s’il constate que celui-ci est anglophone .

« Je suis fier d’être québécois», poursuit-il. «Mais nous sommes dans un pays libre et, moi, je suis en affaires et je dois respecter mes clients. Nous devrions être autorisés à saluer les gens comme nous le voulons ».

D’autres, tout aussi favorables à l’utilisation du « Bonjour, hi », se sont tournés vers les réseaux sociaux pour exprimer leur frustration.

«Je suis une canadienne-française bilingue, hôtesse dans un restaurant, et c’est la première chose que je dis lorsque j’accueille des clients», écrit sur Twitter Maude Lussier-Racine. « Ce n’est pas agaçant, c’est respectueux pour tout le monde. Arrêtez d’essayer de nous faire faire ce que vous voulez et allez donc travailler sur des choses plus importantes. »

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La boutique J. Schreter à Montréal. Pour l’affichage dans les commerces, le français doit être prédominant aux autres langues. Credit Alexi Hobbs pour The New York Times

Les partisans de la motion affirment que les francophones du pays ont toutes les raisons d’être préoccupés par la préservation de la langue française à l’ère de la mondialisation, alors que l’anglais tient le rôle de lingua franca à travers le monde. Après tout, les jeunes Québécois pourraient facilement être tentés de dire « email » plutôt que «courriel».

L’Office québécois de la langue française cherche depuis toujours à repousser les anglicismes et propose régulièrement des alternatives à ceux-ci. Toutefois, l’organisation a récemment décidé de ne plus condamner certains termes, comme « grilled cheese », «softball» et « drag queen ».

Il a aussi été jugé acceptable d’utiliser au quotidien « cocktail» au lieu de «coquetel», ainsi que «baby-boom» au lieu de « bébé-boom ».

Le député péquiste Pascal Bérubé pense que le « Bonjour, hi » est un “irritant” et que l’utilisation du « Bonjour » rappelle que le Québec est une province francophone. Les politiciens québécois ont peut-être été inspirés par leurs cousins français de l’autre côté de l’Atlantique, où l’oubli de saluer avec un chaleureux « Bonjour » peut provoquer un malaise.

Le Parti québécois justifie aussi cette motion en citant des données du dernier recensement, qui démontrent que le français comme langue principale au travail a reculé de 2,3% au cours de la dernière décennie et que le bilinguisme au travail a légèrement progressé. Selon la formation souverainiste, ces données prouvent que le français est menacé dans la Belle province.

Dans une chronique publiée dans le Journal de Montréal le jour de l’adoption de la résolution, Josée Legault, une chroniqueuse de premier plan, a affirmé que l’abandon de la protection de la langue française par les élus était «un phénomène révoltant», dans un contexte où le bilinguisme gagne du terrain. Selon la chroniqueuse, les politiciens doivent se réveiller « pendant qu’il en est encore temps ».

Dans une autre controverse liée à l’utilisation de la langue au Québec, lors de l’inauguration récente d’une boutique Adidas à Montréal, le gérant francophone de celle-ci a prononcé un discours principalement en anglais, ne daignant dire que quelques mots en français pour « accommoder la Ville de Montréal et les médias francophones ». Le maire de Québec, Régis Labeaume, a qualifié l’attitude du gérant de « scandaleuse », tandis que d’autres ont menacé de boycotter le magasin. Adidas s’est finalement excusé.

Bill Brownstein, chroniqueur d’expérience au quotidien anglophone « The Gazette» à Montréal, pense que le débat autour du « Bonjour, hi » illustre les efforts désespérés du Parti québécois pour attirer l’attention des électeurs, à un moment où l’appui à l’indépendance est faible et où la formation politique tire de la patte dans les intentions de vote pour les élections l’année prochaine.

Mais selon lui, la population est de moins en moins sensible aux vieux et émotionnels débats linguistiques, alors que des impératifs économiques prennent le dessus sur les velleités indépendantistes.

«La langue demeure une boîte de Pandore au Québec,” explique-t-il “Mais ce qui intéresse les jeunes Québécois d’aujourd’hui c’est surtout de gagner de l’argent. Les guerres linguistiques ont déjà été gagnées ».

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